Ce qui me parle...
Un extrait de « Amour et connaissance » d’Alan Watts :
«…Fixer obstinément son regard sur un objet n’améliore pas la vue, et on n’affine pas son ouïe en tendant l’oreille. L’esprit néanmoins ne cesse de faire des efforts : pour chasser l’ennui quand il est déprimé, pour calmer une peur, pour tirer le maximum de plaisir, pour s’obliger soi-même à être plein d’amour, de patience, d’attention. Il se donne même de la peine pour être heureux. Et lorsqu’on lui dit qu’il fait fausse route avec tant d’efforts, l’esprit s’efforce alors de ne pas s’efforcer ! On ne sort pas de ce cercle vicieux tant qu’on n’a pas compris que tous ces efforts sont aussi vains qu’essayer de s’envoler en faisant un bond, lutter pour trouver le sommeil ou obtenir une érection du pénis à force de volonté. Le pli de l’habitude incite automatiquement l’esprit à faire des efforts, si bien qu’une surveillance discrète mais incessante s’avère nécessaire jusqu’à disparition de la crampe…»
Cependant, la nécessité de la tension mentale est une conviction si profondément
ancrée qu’y renoncer paraît inconcevable tant que certaines objections de
principe n’ont pas été levées. Cette tension est beaucoup plus subtile que la «
tension nerveuse » déplorée par la psy classique, et qui n’en est qu’une forme
extrême. Toute tension mentale, en effet, implique, à n’importe quel degré, une
contradiction fondamentale.
Cette sensation répond à l’habitude d’employer beaucoup plus d’énergie que
nécessaire pour penser, voir, entendre ou prendre une décision. Même étendus, la
plupart d’entre nous continuent à faire des efforts musculaires complètement
inutiles pour conserver leur position, comme s’ils craignaient que leur corps ne
perde sa forme et ne se dissolve en gélatine.
Extrait de « Corps de vibration, corps de silence » d’Eric Baret :
«…Le corps doit être écouté, aimé. Aimer veut dire ne rien savoir, ne rien vouloir. Vous êtres nu de toute compréhension, de toute intention, et vous laissez le corps parler. Pour que le corps parle, il faut le silence. Tant que vous savez quelque chose, le corps se tait. Revenez à ce silence de volonté, de savoir. Dans ce silence, à sa manière, non à la vôtre, le corps vous parlera. Vous laisserez le concept corps et une chaleur, une fraîcheur, une vibration, une tactilité éclôt. Au début, cela se présente comme une forme de tension, de lourdeur, de densité. Petit à petit, si vous n’en faites rien, cette tactilité va se transformer. D’autres couches plus élastiques, radiantes vont se présenter. C’est le début d’un voyage sans fin.
Quand vous n’êtes qu’écoute, ce n’est pas vous qui faites le voyage, le corps voyage en vous. Vous ne pourrez plus jamais penser que le corps ne réagit pas ni qu’il est séparé de l’environnement. Ce que vous allez découvrir d’extraordinaire dans le corps, c’est qu’il n’y a pas de séparation, et que ce que vous appelez votre corps est un concept. Ce doit être un ressenti, sinon c’est juste une idée philosophique…»
